Texte écrit par Mathilde et moi mais beaucoup plus par elle...
Merci pour ce beau travail...
Pour ceux qui n'aurons pas le courrage de tout lire, je ferai un petit résumé quand j'en aurai le temps mais sincerement c'est un super beau texte qui se doit d'être lu
Tu vas me détester pour la photo... xD
-Attention Daphné !
La fillette recula d'un pas. Il s'en était fallu de peu pour que la locoture la percute de plein fouet.
-ça va ? Lui demanda Nathan.
Elle ne répondit pas. Son c½ur battait la chamade, son torse si mince se soulevait au rythme saccadé de sa respiration, elle tremblait de tout ses membres.
-viens. Il faut y aller, c'est endroit est malsain. Il prit la fillette par la main et tout deux s'engagèrent dans les quartiers malfamés de la ville. La ville, avec ses hauts immeubles gris, son atmosphère étouffante, oppressante. La ville, qui ne laissait aux deux enfants aucun espoir. La ville, lieu de tous les vices.
A à peine 7ans, les deux enfants se savaient condamné.
La plus jeune, Daphné, avait cessé de sourire depuis longtemps et ses grands yeux bleus n'exprimait plus que de la résignation. Elle avait été abandonnée à la naissance et ne connaissait que la vie de la rue. Ici, les enfants livrés à eux même n'avaient pas d'autres choix que de se battre pour vivre ou mourir.
Cela, Nathan l'avait compris depuis qu'il avait fuit ses parents, trop avares pour s'occuper de leur fils.
Il avait rencontré Daphné deux ans plus tôt, alors qu'elle tentait d'échapper à la police, et l'avait aidé à se cacher. Depuis il ne la quittait plus et s'en occupait comme si elle était sa propre s½ur.
Pourtant ils étaient très différents. Elle blonde et pâle, plutôt pleurnicheuse et timide, lui, avec son teint si mat, ses cheveux d'un noir de jai et ses yeux aussi sombres que la nuit, d'un témérité sans faille.
Ils rejoignirent les autres gamins de la rue, tous aussi crasseux les uns que les autres. Le soir tombait, et le petit groupe se coucha derrière des containeurs pour dormir. Ce n'était pas par plaisir qu'ils se cachaient, mais pour éviter la police car celle-ci, si elle les attrapaient, les battraient sans aucune raison valable, juste parce que la ville
Celle-ci, si elle les attrapait, les battrait à mort. Les enfants sans
parents, pour les gens de la ville, n'existaient pas. Et s'ils existaient, alors c'était pour mourir. Quoi de plus impropre que des enfants traînant dans la rue?? Ils volaient, étaient sales, n'avaient aucun respect envers les adultes et surtout, surtout, avaient des contacts physiques. Les enfants non éduqués se prenaient par la main , se touchaient , et de temps en temps des gouttes impures coulaient de leurs yeux , gouttes dites ignobles par la population de Boulon-Ville car elles représentaient ce que elle n'avait plus : les sentiments .
Daphné se blottit contre Nathan pour se réchauffer. Il la serra contre lui, et ils s'endormirent ainsi, oubliant la ville et ses bruits, oubliant leur faim dévorante et leurs pieds meurtris et froids. Ils tombèrent dans un sommeil profond, peuplé de rêves ...Un bruit les réveilla peu après. Un bruit bien connu par les enfants.
Les bottes blanches des policuras. Nathan fut le 1er à réagir. Il tira Daphné par le bras, la forçant à se lever. Le petit groupe suivit le mouvement et tous se mirent à courir. Ils entendirent les hommes derrière eux fairent de même et coururent plus vite, leurs petits pieds, nus pour la plupart, tapant sur le sol dur et gelé, leurs souffle court.
Et ils coururent encore et encore, à travers les rues de la ville. Les policuras étaient partout maintenant, derrière étaient ceux du début, et devant et sur les cotés étaient les renforts. Ça ne pouvait continuer ainsi, déjà quelques enfants fatigués avaient trébuchés. Ceux là mourraient. Si Daphné tenait, ce n'était que grâce à la confiance inébranlable qu'elle avait en Nathan. Elle sentait sa main chaude dans la sienne et cela lui donnait du courage .Du groupe il ne restait plus que 7 enfants. Nathan sentit Daphné vaciller. A ce rythme, elle ne tiendrait pas longtemps, se dit-il. Une idée germa dans son esprit. Mais il fallait faire vite, très vite. Brusquement, il bifurqua vers la gauche, sans lâcher la main de la fillette. Les autres ne comprirent pas et continuèrent tout droit. Nathan et Daphné se trouvaient maintenant seuls, dans une large avenue bordée de hauts immeubles, tous éteints à cette heure à cause du couvre-feu imposé. La policurae avait suivi les autres gamins, plus nombreux, mais mieux valait continuer à courir un moment. Daphné ne comprenait pas où Nathan l'emmenait. Elle n'était jamais allée ici car la surveillance y était maximale. Des robots patrouillaient la nuit , des caméras étaient postées tout les 5 mètres , et le service de désinfection de la ville passait presque chaque jour pour
ramasser les oiseaux morts électrocutés ou les rares chats qui restaient écrasés sur le bitume . Et, s'il le pouvait, ramassés aussi les enfants de la rue, en les ayant au préalable électrocutés aussi.
-Nathan!
Il continua a courir
-Nathan. Arrête!Je n'en peux plus, s'il te plaît arrêtons nous!
Il ne se retourna pas.
-Nathan réponds moi!Où va-t on si vite???
Il s'arrêta un instant, juste le temps de répondre d'une voix essoufflée :
-On court parce que sinon on meurt. Et on va vers la fin de Boulon-Ville. On va franchir le Mur.
Daphné ne dit rien et le suivit, galopant à travers les rues, toujours plus vite, toujours plus loin. Le Mur. Le mot lui-même lui faisait peur. Le Mur, c'était la frontière entre la ville et le Néant. Le Néant, c'était l' "autre monde ", le monde de tous les dangers. On disait de lui
qu'il était impossible d'y vivre. L'air ne contenait pas assez d'oxygène, la terre envahissait tout, des monstres y vivaient et il n'y avait rien pour se nourrir. Ni magasins, ni habitants à qui mendier quelques pilules énergétique où quelques barres céréales Superforme. Et Nathan voulait aller là ...?
Ce dernier dut deviner les questions que son amie se posait car il cria :
-Je préfère mourir de faim que roué de coups ! Et puis, qui sait ce qu'il y a réellement derrière le Mur ? C'est notre seule chance ! Les contrôles de la policurae deviennent trop réguliers ...
Plusieurs heures plus tard, ils atteignirent enfin leur destination. Le Mur se dressait devant eux, gigantesque construction de fer et d'acier, aussi imposante qu'effrayante. Le seul chemin pour passer de l'autre coté était d'escalader une série d'escaliers servant habituellement aux réparateurs et aux ouvriers.
Après une petite pause passée dans un coin sombre, cachés de tout dangers,
ils commencèrent leur ascension.
Le petit matin se levait quand ils parvinrent en haut du Mur. Ils s'assirent un instant, les jambes pendant dans le vide, à plus de 400 mètres du sol. Daphné, apeurée par ce vide, se serra fort contre Nathan. Ils demeurèrent ainsi, contemplant le spectacle étrange sous leurs yeux. Au delà du Mur, une forêt verdoyante brillait sous les rayons du soleil et s'étendait jusqu' à l'horizon. Une volée d'oiseau s'envola des cimes des arbres. Leur vol était magique, tantôt ils planaient, profitants de chaque petite brise, tantôt ils battaient des ailes pour monter encore plus haut dans le ciel bleu. Nathan et Daphné sentirent une émotion poindre en eux. Une émotion qu'il n'avait jamais connue auparavant, mais qui, ils le savaient, était une émotion heureuse.
À une autre époque, on aurait appelé cette émotion "émerveillement ". Mais c'était il y a longtemps.
Quand le soleil fut à son zénith, les enfants, s'ils étaient encore des enfants, trouvèrent un autre escalier et descendirent, sans pouvoir s'empêcher, de temps en temps, de jeter un regard sur la nature se déployant devant eux avec tant de grâce et de beauté.
Ils furent en bas en peu de temps. Nathan, ébahi, pris une poignée de terre dans sa main. C'était une matière douce, chaude et agréable au toucher.
-Tiens, essaie! dit-il à Daphné
Elle regarda la terre, mais ne la prit pas. Nathan vint vers elle.
-Viens, descends de l'escalier, je t'assure que ce n'est pas dangereux.
Elle posa un pied tremblant sur le sol, en retenant sa respiration comme si elle allait sauter du haut d'un immeuble. Et puis un 2eme pied. Nathan lui prit sa main et y mit la terre. Leurs regards se croisèrent. Sourire.
-Tachons de trouver à manger maintenant....
Ils marchèrent et s'enfoncèrent dans la forêt, de plus en plus surpris par ce qu'il voyait, sentait, touchait et entendait. Ils touchèrent l'herbe, encore plus douce que la terre. Ils virent un animal roux s'enfuir sur le passage et grimper dans un arbre. Ils entendirent le chant d'un oiseau aux couleurs vives.
Mais il n'y avait toujours pas de quoi se nourrir. La faim se ressentait dans tout leur être maintenant. Daphné avait les jambes flageolantes et avait du mal à rester debout. Elle retenait ses larmes, son ventre lui faisait si mal.
Nathan lui, souffrait en silence, mais son estomac criait famine. C'est alors qu'ils virent un oiseau noir manger quelque chose dans un arbre.
Il happa une boule rouge, toute petite, et en recracha un noyau.
-Si cet oiseau en mange, ça ne peut pas être mauvais pour nous, si?
Et à Nathan d'attraper 2 boules rouges vif de l'arbre. Il en lança une à Daphné, et ils la mirent en bouche en même temps. Le goût ne ressemblait à rien de ce qu'il connaissait. C'était à la fois sucré et frais. C'était bon. Même très bon. Les enfants se mirent à cueillir de quoi remplir un panier de ces fruits. En quelques mouvements, ils avaient tout mangé et se sentait déjà un peu rassasié.
Soudain, un bruit de pas les firent sursauter. Ils n'eurent pas le temps de faire quoi que soit. Trois hommes les encerclaient. Ils avaient l'air étonnés. Ce n'était pas des hommes comme Nathan et Daphné avaient l'habitude de voir. Ils étaient habillés d'habits à l'allure confortable, et n'avaient pas ce regard dur et froid qu'arborait le peuple de Boulon-Ville.
-Des gosses! dit celui avec sa barbe noir.
-Que faites vous ici tout seuls ? demanda celui avec ses cheveux longs et tressés.
Voyant que les enfants ne répondaient pas, le 3eme homme, plus âgé s'exclama :
-Enfin regardez les ! Ce ne sont certainement pas des enfants du Néant !
M'est avis qu'il vienne de la ville ! Pauvres petiots va, c'est pas vrai ce que jdis là ?
Ils acquiescèrent.
-Hé bien là voila, l'explication ! Continua le vieil homme. J'suppose que vous vous êtes échappés d'la ville ?
Nouvel hochement de tête.
-Ils ont l'air si exténués. Que va t on faire d'eux ?
-Albor, cette question est aussi sotte que ta barbe est longue ! dit le vieux. Quelle idée, on ne va pas les laisser tout seul dans cette forêt, ils vont venir avec nous et Mirmina s'occupera d'eux. L'homme avec sa tresse s'approcha de Nathan et Daphné. La fillette se mit à pleurer.
-Et petite, toi et ton ami ne craignez rien, la rassura l'homme. Tant que vous êtes avec nous, vous pouvez être surs d'être en sécurité.
Il lui fit un clin d'oeil. Elle cessa de sangloter. Nathan se leva.
- D'accord, nous vous suivons, dit-il
Les hommes le regardèrent étrangement, ils n'avaient jamais vu un gamin de 7ans se conduire avec autant de maturité. Le vieux observa les yeux noirs (chais plus y sont noirs ses yeux?) du garçon et se dit que ce dernier avait du vivre des choses épouvantables pour posséder un regard si profond.
Nathan prit la main de Daphné qui se leva.
-Suivez nous, dit le barbu au sourire franc.
Les hommes les menèrent plus profondément dans la forêt et, après avoir beaucoup marcher, ils s'arrêtèrent. Ils se trouvaient sur une butte sombre, à cause des arbres qui cachaient la lumière, au milieu de nul part.
-Et maintenant, ouvrez bien grands vos yeux ! dit le vieux.
Et il écarta une énorme branche devant eux. Alors une immense clairière apparut. Une clairière contenant au moins 60 personnes, toutes occupées à faire un feu, scier du bois, cuisiner, tanner des peaux. Des enfants couraient partout en riant aux éclats. Des mères allaitaient leurs bébés. Des pères enseignaient à leurs garçons où à leurs filles à chasser. De partout résonnait des rires de joie.
Nathan et Daphné pleuraient. Tout les 2, pour une fois. Eux qui avaient toujours vu des regards méprisants, ils voyaient maintenant des yeux pétillants de bonheurs. Eux qui avaient toujours vu des gens distants, ne se touchant jamais, ils voyaient maintenant des couples s'embrasser. Eux qui n'avaient senti que l'odeur des locotures, ils humaient maintenant un doux parfum, mélange de l'odeur des sapins et de l'odeur de l'herbe. Jamais ils n'avaient senti un tel bonheur en eux. Ils avaient le sentiment de rêver.
-Marminaaaa ! Cria le vieux.
Dans la clairière, une femme leva la tête et leur fit signe. Ils descendirent vers elle, suivit par une meute de bambins tout joyeux de voir 2 nouveaux arrivants.
-Albor, Roland, René ! s'écria t elle. N'étiez vous pas censé effectuer votre tour de garde ?
René, alias le vieux, poussa Nathan et Daphné devant lui. Marmina, eut un hoquet d'horreur.
-O pauvres petits !
En effet, les enfants de Boulon-Ville paraissaient bien faibles comparés à ceux de la clairière. Les joues de Nathan étaient creusées, comme si les larmes qu'il avait si souvent fait jaïr avaient attaqué sa chair. Ses bras et son torse étaient musclés, ses jambes habituées à courir pour échapper à la douleur et à la mort. En réalité, il ressemblait (était...?) à l'image même de la souffrance. Physique comme mentale. Daphné, elle, avait encore un visage un peu rond, enfantin, avec des pommettes rouges. Ses yeux surprenaient par leur beauté. Grands, bleus, avec des éclats dorés, Nathan les avait toujours trouvés magnifiques.
Marmina, après leur avoir fait goûté la nourriture locale, encore plus bizarre que les fruits que Albor appelait "cerise", les laissa s'amuser dans l'herbe. Elle ne put s'empêcher de remarquer l'amour que se portaient les 2 enfants. Daphné suivait Nathan partout où il allait et faisait tout ce qu'il lui disait. Avec lui elle était détendue, confiante. Et Nathan surveillait Daphné, la protégeant de tous les dangers, même des plus dérisoires.
Le soir tout le clan se réunit autour d'un énorme feu. Chacun parlait avec son voisin, rigolait, tous étaient heureux. En voyant Nathan et Daphné enlacés, Roland murmura :
-C'est beau, l'amour.
Le mot sembla résonner dans l'esprit de Daphné. Amour. Il évoquait en elle une série de choses. Dont Nathan. Pourtant...
-Qu'est ce que c'est, l'amour ? demanda t elle.
Roland la dévisagea avec sérieux. Il savait que dans les villes on apprenait plus aux gens à aimer. A rire. A être heureux. Et cela le réconforta. Heureusement qu'il avait choisi de vivre dans la forêt, se dit-il.
-L'amour ....l'amour personne n'a jamais su le définir exactement. Chacun perçoit l'amour à sa manière. Pour moi l'amour, c'est l'essence même de la vie. Sans amour, la vie s'éteint.
-Pourtant, à Boulon-Ville, personne ne connaît ce mot, dit Nathan.
-Oui, mais est ce que les gens de Boulon-Ville vivent ?
Les enfants ne surent que dire. Alors Roland continua.
-L'amour, c'est un sentiment entre 2 personnes. Ou entre une personne et un lieu, un animal, quelque chose qu'il aime, qui le touche. L'amour, c'est quelque chose qui fait que vous seriez prêt à mourir pour quelqu'un que vous aimez.
Albor, qui écoutait leur conversation, s'approcha d'eux et dit :
-L'amour les enfants, ça ne s'explique pas, ça se vit.
Quand Nathan et Daphné allèrent dormir, ils avaient tout les 2 le même mot en tête.
La nuit passa.
Ils se réveillèrent sur des dalles de bétons. Derrière des containers. Cette nuit, tout 2 avaient fait un drôle de rêve.
Daphné se tourna vers Nathan. Le bruit de la ville leur semblait assourdissant. Il faisait froid, ils avaient faim. Tout leur semblait gris. Même le ciel.
-Nathan...dit la fillette.
Ils se regardèrent intensément.
-Nathan...je t'aime.
Main dans la main, ils sortirent de la ruelle sombre. La pluie se mit à tomber. Ils étaient heureux.